Airborne

Charles Bernard est né en 1904 à Louhans dans la Bresse.
En 1926, à la fin de ses obligations militaires, il retourne à Paris, très décidé à se lancer dans la décoration après sa rencontre avec Pol Pouchol, décorateur et futur céramiste qu’il a rencontré pendant son service militaire.
Pol Pouchol l’héberge et le présente à la maîtrise des Galeries Lafayette. Il est immédiatement engagé comme assistant où il s’initie à l’art des maquettes, dessinateur et coloriste pour la création d’objets et des commandes de décoration pour le magasin.
En 1933, il s’installe comme décorateur indépendant. Il expose dans de nombreux salons des objets qui attirent l’attention par leur conception simple.
En 1934, il est accueilli à la Société des Artistes Décorateurs et installe un atelier magasin au 21 faubourg Saint Antoine. Parmi ses premiers clients, le Balajo commande une série de sièges puis le bar du Moulin Rouge, des tabourets de bar.
La guerre vide une partie de ses ateliers et stoppe l’expansion de son activité.
Dès la libération, il retrouve ses locaux mais comprend que la reprise sera complexe.
En mai 1946, en se rendant à la foire de Paris, il remarque sur le stand d’un exposant anglais des fauteuils clubs, tristes mais dont le confort est nouveau : le modèle Standard.
Ils sont fabriqués par Airborne Upholstery Ltd, une société dirigée par George Ingram Junior. Ils s’associent et créent la société Sobrega. Charles est alors chargé de développer ce fauteuil et conquiert le marché de l’armée américaine pour équiper leurs locaux en Allemagne : en 1951, elle leur livrait encore un wagon SNCF par jour….
Au début des années 50, à la suite du décès de George Ingram, ses héritiers lui proposent de racheter le nom Airborne pour le domaine du meuble, en Europe d’abord puis le monde entier à l’exception des pays anglophones.
Il revend ses locaux, s’inscrit à la chambre de sidérurgie et s’installe à Montreuil.
La création d’Airborne s’insère dans la période particulière de l’après-guerre et une intense activité de reconstruction. Poussés par de nombreux magazines, les français commencent à s’occuper de leur intérieur et prennent goût à la décoration.
Airborne, dans ses ateliers de Montreuil, se spécialise dans l'utilisation du métal et fer rond.
Ce matériau lui permet entre autres de créer des collections destinées à l'Afrique.
La société se tourne aussi vers le grand public. Charles Bernard nomme son fils Philippe pour développer la création d'un réseau de distributeurs en province et André Herbomel pour développer celui de la région parisienne.
Ces années laisseront des pièces qui deviendront des icônes du design contemporain.
Les structures en tubes laissent la place à des structures en tôles fines, découpées, pliées et assemblées avec des soudures électriques par point (Brevet Presteel).

Une filiale est créée et dirigée par Philippe Bernard pour diffuser les meubles destinés aux espaces publics : Prefacto (du nom et en hommage à la première collection de Pierre Guariche).
Le développement contraint Charles Bernard à s'installer à Tournus dans un bâtiment de 25000 m2.
Fort de son essor, Airborne développe un bureau d'études et des filiales spécialisées comme Plan System, mais aussi 17 filiales dans divers pays, entouré de ses deux fils, Daniel et Philippe.
L'esprit d'entreprise est fort, le savoir-faire, le dynamisme et la créativité sont reconnus par toute la profession.
Les jeunes designers accourent et Airborne s'adapte à l'apparition de nouveaux matériaux dérivés du pétrole, comme l'ABS, le méthacrylate, le polyéthylène, etc. L'utilisation de ces matières permettent la création de mobiliers ronds et colorés !
Philippe Hautefeuille est en charge de la communication de Airborne depuis 1961.
En 1969, il crée cette campagne qui sera refusée par de nombreux magazines, sauf Paris-Match qui la fait paraitre dans son numéro du 27 septembre 1969 (d'autres suivront après).
Scandale pour certains, érotisme douteux pour d'autres, cette publicité fera parler de Airborne dans plus de 100 pays.
Il est dit que la prise de vue a été réalisée dans l'atelier du sculpteur César et qu'il s'agirait des fesses nues des enfants du personnel de l'agence de publicité....
Elle permettra d'augmenter de 40% le CA à l'export de l'entreprise.
Airborne devient à cette époque un créateur, un éditeur et un fabricant de renommée internationale : 400 points de ventes pour Airborne Résidence, 300 pour les Collectivités, des agences commerciales directes dans une quinzaine de pays et des exploitants sous licence dans huit autres.
En 1973, le CA dépasse 50 MF.
Airborne exporte 22% de sa production et est propulsé au 1er rang des exportateurs français de meubles.
La rupture intervient dès 1967. L'entreprise ne remarque pas les changements sociétaux qui sont en train de se produire.
Les choix commerciaux et les nouveaux modèles manquent de cohérence.
Pourtant, en 1969, le bureau d'études crée le Patate.
Énorme succès commercial : Airborne en produit 2000 par semaine.Tout le monde en veut : les grandes surfaces naissantes, les petits magasins, le réseau existant d'Airborne, etc.
La société ne peut plus faire face et cela tourne au cauchemar : il précipite l'entreprise et son réseau dans le chaos.
En 1974 arrive le premier choc pétrolier qui ralentit l'économie de toute l'Europe. Airborne accuse pour la première fois une baisse de son CA, et les banques ne soutiennent plus la société.
Le réseau perd confiance et les ouvriers refusent de travailler à mi-temps pour compenser les difficultés passagères de l'entreprise. Le dépôt de bilan est prononcé en mai 1975.
Reprise par une société locale, les Établissements Chambat, puis cédée pour un franc symbolique à la société Stafor, la société est délocalisée à Mérignac en Gironde.
Le site de Tournus sera réactivé avec un effectif restreint pour assurer le service après-vente du Patate.
Viennent ensuite les rachats successifs par la société Steelcase, le groupe Fimopart puis la société Amatera.
De cette époque sortira du mobilier destiné en majorité aux collectivités et entreprises.
Dans son catalogue, survit encore, au milieu des bureaux et des chaises, le fauteuil AA, fabriqué dans le sud-est de la France à Valréas.
De nouveau mise à mal par la crise de 2008 et par des mauvaises décisions de gestion, Airborne se retrouve une fois de plus en liquidation.
Toutefois la disparition des lieux de production ne signe pas la disparition du nom.
En 2010, deux amies du Sud-Ouest, rachètent à la barre du Tribunal de Nanterre, le nom, les différents brevets et un petit stock de fauteuils AA et tables AO.
Le redémarrage est difficile car les archives de la société ont été pillées au fil des repreneurs et des sociétés récemment créées s'approprient l'histoire de cette entreprise.
Tout d'abord installée à Duhort-Bachen dans les Landes puis à Aire sur l'Adour, la reprise a été assez rapide.
La société s'est d'abord appliquée à faire revivre le fauteuil AA : aujourd'hui, il existe dans son catalogue 57 housses différentes. Parallèlement, elle a invité de jeunes designers à dessiner une nouvelle collection en s'inspirant des années 50 à 70 de son histoire, incroyablement créatives. Le Studio de design At-Once a rejoint avec succès cette nouvelle aventure et a déjà signé pour Airborne une nouvelle table basse et un nouveau bridge.
Aujourd'hui, forte de son réseau de 300 boutiques de design en France et 200 à l'étranger, elle compte redevenir un éditeur français à part entière.
Daniel Bernard ne cesse de les encourager dans cette voie et de leur apporter son soutien ainsi que des conseils qu'elles ne manquent pas d'écouter !

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